Livres

Voici, selon nous, la bibliothèque citoyenne idéale qui vous permettra de mieux comprendre les enjeux auxquels une démocratique moderne se doit de faire face et comment elle peut y répondre.
Vous y retrouverez des classiques de la science politique ainsi que des livres plus contemporains qui parlent directement de nos institutions et de leurs dérives, sans oublier bien sûr les oeuvres qui ouvrent de nouvelles pistes d’exploration vers une démocratie directe.
Au gré de nos trouvailles, nous ajouterons de nouveaux titres à cette liste afin de la rendre la plus complète possible… mais nous comptons aussi sur vous pour nous faire partager vos lectures préférées, alors n’hésitez pas à nous laisser vos recommandations en commentaire.

Classement par date de 1ère parution


coupetatLE COUP D’ÉTAT CITOYEN
Elisa LEWIS et Romain SLITINE (2016) – [À voir : Conférence des auteurs]

Abstention galopante, désertion des partis politiques, impuissance des élus face aux maux de notre société… : longue est la liste des symptômes de notre démocratie malade. Face à ces constats moroses sans cesse répétés, il est urgent d’agir.
Quelles sont les alternatives crédibles pour sortir de l’impasse ?
Pour répondre à cette question, les auteurs ont sillonné la planète pendant près de deux ans et sont allés à la rencontre de quatre-vingts défricheurs qui expérimentent de nouveaux remèdes en dehors des sentiers battus. Les initiatives qui ont fait la preuve de leur efficacité existent : en Islande, des citoyens tirés au sort rédigent eux-mêmes leur Constitution ; en Espagne, des partis politiques  » nouvelles générations  » redonnent le goût de s’engager ; en Argentine ou en France, des électeurs coécrivent les lois avec les parlementaires sur des plates-formes collaboratives ; un peu partout, des élus inventent de nouvelles manières de gouverner…
À partir de ces expériences inédites, ce livre décrypte la transition démocratique à l’œuvre. Il ouvre des pistes de réflexion pour renouveler notre démocratie et propose des solutions concrètes dont chacun peut se saisir. Et il apporte des raisons d’espérer.


stefanovitch.jpg

LE SÉNAT
Yvan STEFANOVITCH (2016) – [À voir : Interview de l’auteur]

On croyait tout savoir du manque d’exemplarité des 348 sénateurs et de leurs privilèges monarchiques : 6 000 euros mensuels de frais « remboursés » sans justificatif, super-retraites, absentéisme endémique…
Malgré les efforts de son nouveau président Gérard Larcher,
le manque de transparence ruine toujours l’image du Sénat.

À moins d’un an de la présidentielle de 2017, Yvan Stefanovitch révèle dans cet ouvrage les privilèges fiscaux que se sont octroyés légalement ces princes de la République et le vaste système de triche qui permet à une partie d’entre eux, les « intouchables », de ne rien faire ou presque…
Chaque sénateur paie l’impôt sur le revenu, non pas sur son indemnité totale mensuelle (11 350 euros nets), mais uniquement sur ses indemnités de base et de résidence (soit 4 140 euros nets). Il reçoit donc chaque mois, sur son compte bancaire, 7 210 euros
au black, le plus légalement du monde !

L’ouvrage publie l’identité restée secrète des 14 sénateurs sanctionnés au dernier trimestre 2015, pour absentéisme, par une simple amende de 2 130 euros prélevée, une fois pour toutes, sur leur indemnité parlementaire.


rosanvallon2

LE BON GOUVERNEMENT
Pierre ROSANVALLON (2015) – [À voir : l’auteur présente son livre]

Nos régimes sont dits démocratiques parce qu’ils sont consacrés par les urnes. Mais nous ne sommes pas gouvernés démocratiquement, car l’action des gouvernements n’obéit pas à des règles de transparence, d’exercice de la responsabilité, de réactivité ou d’écoute des citoyens clairement établies. D’où la spécificité du désarroi et de la colère de nos contemporains.

À l’âge d’une présidentialisation caractérisée par la concentration des pouvoirs entre les mains de l’exécutif, Pierre Rosanvallon montre que le problème n’est plus seulement celui de la «crise de la représentation ». Il est devenu celui du mal-gouvernement. Or la théorie de la démocratie a jusqu’à présent fait l’impasse sur cette question des rapports entre gouvernés et gouvernants en se limitant à penser la représentation et l’élection. Il est donc urgent d’aller aujourd’hui plus loin pour comprendre les mécanismes de ce mal-gouvernement et déterminer les conditions d’une nouvelle révolution démocratique a accomplir.


empowerement

L’EMPOWERMENT, UNE PRATIQUE ÉMANCIPATRICE ?
Marie-Hélène BACQUÉ et Carole BIEWENER (2015)

Attention, livre important pour celles et ceux qui questionnent l’incapacité des politiques et des experts à répondre aux défis de notre époque troublée. Et qui s’interrogent sur la façon dont les citoyen(ne)s peuvent construire des alternatives.

Ce questionnement est en effet à l’origine, dans les États-Unis d’après guerre, du concept d’ empowerment, désignant le  » pouvoir d’agir  » des individus et des collectifs. Ce concept a connu depuis un succès planétaire dans le monde anglophone. Mais il n’a percé que plus récemment dans les autres espaces culturels, dans les milieux du travail social comme dans la littérature du management.

D’où l’utilité de ce livre qui synthétise la foisonnante littérature anglophone sur la notion d’empowerment. Il retrace sa genèse, l’histoire de ses multiples variantes et celle des pratiques sociales qu’elles ont nourries. Des mouvements féministes du Nord et du Sud jusqu’aux programmes de la Banque mondiale et de l’ONU, la notion est utilisée aussi bien dans une perspective radicale d’émancipation que pour conforter les visions néolibérales ou social-libérales. Défendant résolument sa version émancipatrice, les auteures en expliquent les limites, mais aussi son importance pour éclairer les débats contemporains sur la démocratie.


28192115

PILLEURS D’ÉTAT
Philippe PASCOT (2015) – [À voir : Conférence de l’auteur]

Philippe Pascot nous entraine à la découverte de ce que nos élus cachent sous le tapis de leur exemplarité affichée et de leur moralité élastique quand elle touche à leurs privilèges. Il démontre à travers des faits concrets que le système lui-même, dans son immobilisme calculé, ne peut donner naissance qu’à des dérives illicites ou légales mais toujours totalement immorales ! Si tous les élus ne sont pas pourris, beaucoup sont complices…

Cet ouvrage recense tous les abus légaux dans lesquels se vautre sans vergogne la classe politique française : salaires exorbitants, exonération d’impôts, retraites douillettes, passe-droits et autres petits arrangements entre amis, le tout dans le cadre d’une loi faite sur mesure et qu’ils connaissent sur le bout des doigts. Des faits et des actes révoltants, mis à jour sans concession mais sans esprit partisan, dans le seul but du droit à l’information pour tous.


testart

L’HUMANITUDE AU POUVOIR
Jacques TESTART (2015)

« Humanitude » ? C’est ainsi que l’auteur dénomme l’étonnante capacité des simples citoyens à réfléchir, à délibérer et à prendre des décisions au nom de l’intérêt commun de l’humanité. Cet état transitoire se manifeste chez les personnes invitées à constituer les conventions de citoyens consultées pour proposer une solution à un problème d’intérêt général. Il s’agit là d’une réalité anthropologique désormais vérifiée dans les nombreux pays qui ont multiplié ce type de conventions.

Le livre s’attache à comprendre dans quelles conditions précises une assemblée de citoyens peut produire ce résultat. L’auteur peut alors développer un plaidoyer convaincant en faveur d’une institutionnalisation des conventions de citoyens comme procédure ordinaire intervenant dans tous les choix publics. Il s’agirait d’une véritable révolution citoyenne, refondant le politique d’une tout autre manière que celles qui sont habituellement proposées (à savoir : démocratie participative, référendum d’initiative populaire, démocratie directe…). J. Testart répond de façon convaincante aux objections habituellement émises par les responsables politiques quant à la capacité des simples citoyens à prendre ainsi une part active et plus directe à la décision publique. Il montre aussi pourquoi et comment il est souhaitable et possible d’étendre cette forme de participation citoyenne bien au-delà du champ où elle est déjà largement expérimentée (celui des questions écologiques et éthiques soulevées par la mise en oeuvre de nouvelles techniques).


21840541

CONTRE LES ÉLECTIONS
David VAN REYBROUCK (2014) – [À voir : Interview de l’auteur]

Notre démocratie représentative est aujourd’hui dans une impasse. Sa légitimité vacille : de moins en moins de gens vont voter, les électeurs font des choix capricieux, le nombre d’adhérents des partis politiques est en baisse. En outre, l’efficacité de la démocratie est violemment mise à mal : toute action énergique de l’exécutif devient problématique, les hommes politiques adaptent de plus en plus leurs stratégies en fonction des échéances électorales.
Cet état de fait, David Van Reybrouck l’appelle « le syndrome de fatigue démocratique » et il s’interroge sur les moyens concrets d’y remédier. Suivant les travaux récents de politologues renommés, il préconise de remettre à l’honneur un grand principe de démocratie qui a connu son apogée dans l’Athènes classique : celui du tirage au sort.

Au fil d’un exposé fervent et rigoureux, David Van Reybrouck démontre combien ce principe de tirage au sort pourrait être efficace pour donner un nouvel élan à nos démocraties essoufflées. Car il s’agirait bien, en associant des citoyens représentatifs de toutes les strates professionnelles et sociales, de rendre au peuple les moyens d’agir sur ce qui le concerne au premier chef.


gaudin

LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE
Jean-Pierre GAUDIN (2013)

La démocratie n’est-elle pas nécessairement « participative » ? C’est en principe le gouvernement de tous et l’implication de chaque citoyen dans les choix collectifs. Pourtant, l’idée de « démocratie participative » s’est aujourd’hui peu à peu diffusée, par différence avec la démocratie représentative classique.
Son principe général est simple : les citoyens doivent être consultés avant la prise de décision politique. Mais son application soulève de nombreuses difficultés : comment organiser la consultation, jusqu’où aller dans la concertation, comment ne pas se contenter d’une « société civile » cooptée, quels sont les risques de populisme ?

Mis à jour pour cette nouvelle édition, cet ouvrage prend appui sur des études de cas destinées à organiser la réflexion et à donner des grilles de lecture, afin de comprendre les enjeux de la participation.


francisdupuis

DÉMOCRATIE : HISTOIRE POLITIQUE D’UN MOT AUX ETATS-UNIS ET EN FRANCE
Francis DUPUIS-DÉRI (2013) – [À voir : Interview de l’auteur]

Le mot « démocratie » est si populaire que toutes les forces politiques s’en réclament. Quelle surprise, alors, de constater que les « pères fondateurs » des « démocraties modernes » associaient cette idée au chaos, à la violence et à la tyrannie des pauvres !
Comment expliquer un tel revirement de sens ? En plongeant dans les discours du passé aux Etats-Unis et en France, l’auteur dévoile une étonnante aventure politique, où s’affrontent des personnalités et des forces sociales qui cherchent à contrôler les institutions des régimes fondés à la fin du XVIIIe siècle.

S’appuyant sur divers pamphlets, manifestes, déclarations publiques, articles de journaux et lettres personnelles, ce récit révèle une manipulation politique par les élites, qui ont petit à petit récupéré le terme « démocratie » afin de séduire les masses. Deux siècles plus tard, alors que la planète entière semble penser que démocratie, (le pouvoir du peuple) est synonyme de « régime électoral » (la délégation du pouvoir à un petit groupe de gouvernants), toute expérience d’un véritable pouvoir populaire (délibérations sur les affaires communes) se heurte toujours au mépris des élites.


manin

PRINCIPES DU GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF
Bernard MANIN (2012) – [À voir : Conférence de l’auteur]

Des démocrates athéniens à Montesquieu, d’Aristote à Rousseau, personne ne songeait à faire de l’élection l’instrument démocratique par excellence. Démocratie n’équivalait pas à gouvernement représentatif : c’est le tirage au sort qui paraissait le plus apte à respecter l’égalité stricte des candidats.
Que s’est-il passé au tournant du XVIIIe siècle, en Europe et aux Etats-Unis, pour que se renverse cette conception multiséculaire et pour qu’advienne l’idée qu’une démocratie est, par essence, un gouvernement représentatif ?

Bernard Martin montre que le système représentatif n’a pas pour seule fonction de permettre au peuple de se gouverner lui-même. Le gouvernement représentatif mêle en fait des traits démocratiques et aristocratiques. L’élu n’est jamais le double ni le porte-parole de l’électeur, mais il gouverne en anticipant le jour où le public rendra son jugement.


23477776

ELECTIONS, PIÈGE À CONS ?
Jean SALEM (2012) – [À voir : Débat TV de l’auteur]

Halte aux consensus mous, aux fausses évidences, à l’opposition stérile des experts ! Bienvenue à tous ceux qui veulent se construire un avis, par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Impertinents et critiques, ces petits antidotes leur sont dédiés.

Ce livre incisif et percutant analyse le cirque électoral actuel, la confiscation du pouvoir que ce cirque autorise et entretient sous nos yeux, et enfin le régime d’élection ininterrompue dans lequel vit aujourd’hui le citoyen de
démocraties épuisées.


9782707170149

PETITE HISTOIRE DE L’EXPÉRIMENTATION DÉMOCRATIQUE
Yves SINTOMER (2011) – [À voir : Conférence de l’auteur]

Alors que l’idéal démocratique progresse dans le monde, les « vieilles démocraties » sont en crise. Les partis semblent de plus en plus incapables de fédérer les énergies civiques. Des expériences qui réintroduisent le tirage au sort en politique se multiplient à l’échelle internationale. Les critiques déplorent une dérive « populiste » : leurs réactions ne témoignent-elles pas plutôt d’une certaine peur de la démocratie ?

Le tirage au sort a une longue histoire politique. Il constitue l’une des dimensions, trop souvent oubliée, du gouvernement du peuple. Inventé avec la démocratie à Athènes, longtemps consubstantiel à la tradition républicaine, pourquoi a-t-il été réservé aux jurys d’assises après les révolutions française et américaine ? Pourquoi fait-il son retour aujourd’hui, et quelle peut être sa légitimité dans le monde contemporain ? À quelles conditions peut-il contribuer à rénover la démocratie, à la rendre plus participative et plus délibérative ? Les mini-publics tirés au sort peuvent-ils s’articuler aux mouvements sociaux ? Une comparaison historique fait-elle sens ?

Yves Sintomer montre dans ce livre incisif que des logiques politiques nouvelles sont en train d’émerger. La démocratie des modernes, qui se pensait seulement à travers l’élection, laisse la place à des dynamiques plus complexes. Si la politique retrouvait sa crédibilité, ne pourrait-elle pas regagner du poids face aux forces du marché et aux pesanteurs bureaucratiques ? Face à un statu quo intenable, plus que jamais, il devient urgent d’expérimenter.


blondiaux

LE NOUVEL ESPRIT DE LA DÉMOCRATIE
Loïc BLONDIAUX (2008) – [À voir : Conférence de l’auteur]

Une nouvelle demande de participation se fait jour dans les démocraties. Sous des formes variées (blogs, forums, journalisme participatif, conférences de consensus, concertations…), elle exprime une insatisfaction à l’égard de la démocratie représentative comme de ses médiations traditionnelles.

Comment donner corps à ce « nouvel esprit de la démocratie » sans succomber aux faux-semblants d’une rhétorique de la proximité ? Comment faire vivre cet impératif de participation des citoyens sans sortir du cadre de la démocratie représentative ? Comment penser les dispositifs susceptibles de réaliser ce nouvel idéal ?
C’est à ces questions cruciales que répond le livre de Loïc Blondiaux.


stiegler.jpg

DE LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE
Marc CRÉPON et Bernard STIEGLER  (2007)

Que renferme l’expression « démocratie participative » ?
N’est-elle pas un pléonasme toute démocratie n’appelle-t-elle pas une participation de tous ? La démocratie participative peut-elle encore, en ce cas, être légitimement opposée, et comme « démocratie directe », à la démocratie représentative ? Ne traduit-elle pas plutôt une forme de populisme ?

Quelle consistance donner à ce qui pourrait constituer une très belle proposition politique remettre la participation au coeur d’un nouveau projet politique ? Et face à quelle menace contre la démocratie ? Et que dire, et de cette menace, et de l’actuelle mise en oeuvre d’une « démocratie participative » dans la campagne électorale ? Celle-ci peut-elle remédier à la crise de défiance des citoyens ?

La participation est-elle réductible à une prise de parole puis à un bulletin dans une urne ? En quoi les technologies dites collaboratives peuvent-elles contribuer à la mise en oeuvre d’une nouvelle sorte de démocratie, et en quoi ne peuvent-elles pas y suffire ? La participation ne concerne-t-elle pas l’organisation de toute l’économie politique industrielle telle qu’elle se met en place en ce début de XXIe siècle ? Chacun ne sent-il pas que, faute d’une nouvelle participation des hommes à la construction de leur avenir dans toutes ses dimensions, et comme nouvelle forme de civilisation, le monde court à sa perte ?


rosanvallon

LA CONTRE-DÉMOCRATIE
Pierre ROSANVALLON (2006) – [À voir : Interview de l’auteur]

L’idéal démocratique règne désormais sans partage, mais les régimes qui s’en réclament suscitent partout de vives critiques. L’érosion de la confiance dans les représentants est ainsi l’un des problèmes majeurs de notre temps. Mais, si les citoyens fréquentent moins les urnes, ils ne sont pas pour autant devenus passifs : on les voit manifester dans les rues, contester, se mobiliser sur Internet… Pour comprendre ce nouveau Janus citoyen, cet ouvrage propose d’appréhender les mécanismes d’institution de la confiance et l’expression sociale de la défiance comme deux sphères et deux moments distincts de la vie des démocraties. L’activité électorale-représentative s’organise autour de la première dimension : c’est elle qui a été classiquement étudiée. Mais la seconde n’a jamais été explorée de façon systématique.

C’est à quoi s’attache ce livre en proposant une histoire et une théorie du rôle structurant de la défiance dans les démocraties. Ce renversement radical de perspective conduit à explorer un continent politique longtemps inaperçu : celui de la « contre-démocratie ». Cette dernière résulte d’un ensemble de pratiques de surveillance, d’empêchement et de jugement au travers desquelles la société exerce des pouvoirs de correction et de pression. À côté du peuple-électeur, elle donne voix et visage aux figures d’un peuple-vigilant, d’un peuple-veto et d’un peuple juge. C’est là sa vertu, mais aussi son problème. Car, à trop valoriser les propriétés de contrôle et de résistance de l’espace public, elle peut aussi faire le jeu du populisme et de l’« impolitique », entravant la formulation positive d’un monde commun.


scrutinLES SYSTÈMES ÉLECTORAUX ET LES MODES DE SCRUTIN
Pierre MARTIN (1997)

La démocratie représentative nécessite l’organisation d’élections libres, et par là même la mise en place d’un système électoral permettant la définition du corps électoral, la nature et la durée du mandat des représentants, ou les modalités d’organisations du vote. A l’intérieur du système électoral, le mode de scrutin permet d’effectuer le passage des voix aux sièges.

Pour l’essentiel, cet ouvrage est consacré à l’exposé, le plus simple possible, des différents modes de scrutin et de leurs effets souvent très importants sur la composition de l’assemblée.

Mais les modes de scrutin qui fixent les règles de la compétition électorale n’ont-ils pas une influence qui va au-delà de la simple transcription des voix en sièges ? N’influencent-ils pas aussi, directement ou indirectement, les acteurs politiques et peut-être même les électeurs, conditionnant ainsi l’ensemble du système partisan ? Leur influence n’est-elle pas au contraire surestimée ?

Toute réponse à ces questions complexes ne doit jamais négliger le fait qu’un même mode de scrutin peut avoir des conséquences différentes suivant le type de société dans lequel il est utilisé.


castoriadis

QUELLE DÉMOCRATIE ? TOME 1
Cornelius CASTORIADIS (1945-1997)

Sous le titre Quelle démocratie ?, ces quelques 1400 pages constituent les volumes III et IV des écrits politiques de Cornelius Castoriadis (1922-1997). Elles ont été précédées par La question du mouvement ouvrier, c’est-à-dire les deux premiers volumes des mêmes écrits et seront suivies par La société bureaucratique (tome V), puis Durant la guerre et autres récits (tome VI) et enfin Sur la dynamique du capitalisme et autres textes, suivi de L’Impérialisme et la guerre (tome VII).

Une fois lue la très éclairante introduction d’Enrique Escobar, qui met en perspective une pensée mouvante, intelligente, plus nuancée qu’on ne pourrait croire, le lecteur se trouve devant un discours militant d’une époque qui nous est devenue presque étrangère, car elle pense en termes de transformation possible et imminente de la société et qu’elle se débat d’abord avec la pensée de Karl Marx. Mais qu’est-ce que Castoriadis a à nous dire aujourd’hui ? D’abord la compréhen­sion de ce qu’est une théorie philosophico-politique : il ne peut y avoir de théorie fermée, car elle n’accède justement à un niveau théorique que si elle permet le surgissement du nouveau qui, en un sens, mais en un sens seulement, la détruira. Une sorte de principe de « falsifiabilité » à la Popper, mais dans le domaine politique. Et c’est ainsi à partir de Marx, mais contre ses thèses les plus explicites, que Castoriadis pense pouvoir faire apparaître qu’il n’y a pas de contradiction interne au capitalisme, ni de crise majeure en perspective – le vrai problème étant ailleurs. Le capitalisme n’a pas produit la société que Marx prévoyait, mais une société qui installe ses paradoxes à tous les niveaux par une sorte de double lien : elle intègre les individus du même geste par lequel elle les exclut. Elle exploite, mais demande l’adhésion des exploités sans laquelle elle s’effondrerait. (Source www.revue-projet.com)


popperLA SOCIÉTÉ OUVERTE ET SES ENNEMIS
Karl POPPER (1979)

Longtemps méconnue en France, l’oeuvre de Larl Popper, logicien et épistémologue, est un classique à l’étranger. La Société ouverte et ses ennemis, écrit au début de la Deuxième Guerre mondiale, est un ouvrage de philosophie politique : plaidoyer passionné pour la démocratie, contre le totalitarisme de droite ou de gauche.
A la société close et immuable à base de tribalisme et de magie, l’auteur oppose la société ouverte, contrôlée par la raison, où la, volonté de l’individu peut librement s’exercer.

A Platon, à Hegel, à Marx, il reproche de ne reconnaître l’histoire que pour ajouter qu’elle obéit à des lois qui déterminent le cours des événements idée qui paralyse le progrès, en le soumettant à la fatalité historique. Elle a conduit le premier à proposer une cité dirigée par une élite omnipotente et omnisciente, où l’individu n’est rien et où la collectivité est tout ; le second à se faire le maître à penser de l’État prussien et le théoricien d’une société dont se réclamera le totalitarisme; le troisième, en dépit d’une description perspicace des rouages de la société de son temps, à transformer des hypothèses en dogmes; la science, qui repose sur l’expérience, doit pouvoir à chaque instant être remise en question.

Karl Popper soutient que l’homme peut forger son destin collectif en s’appuyant sur l’expérimentation et en procédant au coup par coup, pour progresser en éliminant les erreurs. Une évidente parenté entre les écrits des «Nouveaux Philosophes» et certaines des idées exprimées dans cet ouvrage en confirme, après quarante ans, la permanente actualité.


patemanPARTICIPATION AND DEMOCRATIC THEORY (en anglais)
Carole PATEMAN
(1970)

« Il s’agit d’un livre très important … un défi lucide, intelligent et direct aux présupposés de la plupart de la sociologie américaine et européenne de l’Ouest et de la science politique. Toutes les sciences sociales, implicitement ou explicitement, dans son choix du sujet et de son mode de traitement, porte sur le genre de société que les chercheurs en sciences sociales considèrent possible. En acceptant une «doctrine classique de la démocratie» caricaturée ou autrement en ignorant le raisonnement quelque peu diversifié de Rousseau, Mill, Marx, Cole et d’autres sciences sociales la plus contemporaine suppose simplement l’impossibilité de toute forme d’organisation sociale fondée sur un véritable Etat par le peuple. Pateman tente de ressusciter les arguments des théoriciens «classiques» et de les examiner à la lumière des données empiriques sur la socialisation politique et les travailleurs de l’auto-gestion. » The Antioch Review.

« … Pateman apporte une contribution précieuse à la discussion de la participation citoyenne … avec des interprétations abondantes et difficiles. » Annales de l’Académie américaine des sciences politiques et sociales

« … Le petit livre de Pateman réussit admirablement, car il est clairement écrit, il débat d’une série de points sensibles, ne revendique pas plus que l’évidence qu’il soutient et nous laisse avec beaucoup de questions en suspens à traiter… » Le supplément littéraire du Times


aron.jpg

DÉMOCRATIE ET TOTALITARISME
Raymond ARON (1965)

«Ce livre fait suite aux Dix-huit leçons sur la société industrielle et à La lutte de classes. Il traite de deux régimes typiques de la civilisation moderne, l’un que j’appelle constitutionnel-pluraliste et l’autre que je caractérise par la prétention d’un parti au monopole de l’activité politique.

La comparaison entre les régimes politiques, à la différence des comparaisons entre les économies, met surtout en lumière des différences. Les régimes apparaissent comme des solutions opposées à des problèmes semblables.
L’année 1957-1958, celle durant laquelle le cours fut professé, fut celle de la fin de la IVe République et du retour au pouvoir du général de Gaulle. Une préface écrite en 1965, équilibre le chapitre consacré à la République morte par une analyse critique de la République gaulliste.»Raymond Aron.


arendt

LE SYSTÈME TOTALITAIRE : LES ORIGINES DU TOTALITARISME
Hannah ARENDT (1951)

Le système politique mis au point par l’Allemagne hitlérienne et la Russie stalinienne ne consiste pas en une simple radicalisation des méthodes dictatoriales. C’est un système entièrement original qui repose sur la transformation des classes en masses, fait de la police le centre du pouvoir et met en oeuvre une politique étrangère visant ouvertement à la domination du monde. Animé par une logique de la déraison, il tend à la destruction complète de la société – comme de l’individu. Un classique de la théorie politique.

« Le Système totalitaire » est la troisième partie de l’oeuvre magistrale d’Hannah Arendt, Les Origines du totalitarisme (New York, 1951). Les première et deuxième parties sont intitulées : Sur l’antisémitisme et L’Impérialisme.


dialogue

DIALOGUE AUX ENFERS ENTRE MACHIAVEL ET MONTESQUIEU
Maurice JOLY (1864)

Machiavel et Montesquieu sont aux enfers et échangent quelques propos sur la politique moderne et la façon la plus efficace pour quelques hommes politiques – toute considération de morale mise à part pour le premier – d’acquérir et de conserver indéfiniment le pouvoir (thème de base du Prince), mettant des hommes de paille aux places clé de la société.

Le dialogue fait référence au début au dialogue de Socrate et Thrasymaque dans La République de Platon.

Avocat, l’auteur Maurice JOLY partageait non seulement la révolte de Victor Hugo devant le coup d’État de Napoléon III, mais il voyait aussi dans la manipulation des milieux d’affaires, de la presse et de la population par le nouvel Empereur un grave risque de servitude morale pour la totalité du peuple français.
Il écrivit sous pseudonyme et fit circuler depuis la Belgique ce pamphlet contre le régime. Mais il fut découvert, les exemplaires encore chez lui furent détruits et il fut emprisonné.


millDE LA LIBERTÉ
John Stuart MILL (1859)

Le sujet de cet essai est la liberté sociale ou civile : la nature et les limites du pouvoir que la société peut légitimement exercer sur l’individu. Cette question, bien que rarement posée ou théorisée, influence profondément les controverses pratiques de notre époque par sa présence latente et devrait bientôt s’imposer comme la question vitale de l’avenir.

« Je considère l’utilité comme le critère absolu dans toutes les questions éthiques ; mais ici l’utilité doit être prise dans son sens le plus large : se fonder sur les intérêts permanents de l’homme en tant qu’être susceptible de progrès. Je soutiens que ces intérêts autorisent la sujétion de la spontanéité individuelle à un contrôle extérieur uniquement pour les actions de chacun qui touchent l’intérêt d’autrui. » John Stuart Mill


desobeissance

LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE
Henry David THOREAU (1849)

Thoreau écrit sur le thème de la désobéissance civile en se fondant sur son expérience personnelle. En juillet 1846, il est emprisonné pour n’avoir pas, volontairement, payé un impôt à l’État américain. Par ce geste, il entendait protester contre l’esclavage qui régnait alors dans le Sud et la guerre contre le Mexique. Il ne passe qu’une nuit en prison, car son entourage paie la caution, ce qui le rend furieux.

Son essai « La Désobéissance civile » a inspiré Tolstoï, Martin Luther King et Gandhi. S’il semble évident que la Loi doit, par principe, être toujours respectée, le concept de désobéissance civile semble prendre aujourd’hui un nouvel essor et gagner de nouveaux partisans. Mais quelles sont les justifications politiques et philosophiques à la désobéissance civile ?
« Avec le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie, La désobéissance civile est un ouvrage fondateur du concept de désobéissance civile. » Source Wikipedia.


marxMANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE
Karl MARX et Friedrich Engels (1848)

En 1848, Karl Marx et Friedrich Engels veulent rendre publics les principes du communisme, dans un manifeste qui exprimerait clairement ceux-ci : c’est le Manifeste du Parti communiste.

A cette époque en effet le communisme en Europe est craint par tous mais est aussi très vivement critiqué. C’est pour ces raisons majeures, pour éviter les erreurs ou les a priori sur le communisme, que Marx et Engels et bon nombre de communistes de nationalités diverses se réunissent en 1848 à Londres et rédigent ce manifeste, qui fixe à la fois les grands principes du communisme mais aussi ses projets.
Ce texte n’est pas l’œuvre d’un homme isolé mais une commande de la Ligue des communistes. Karl Marx a rédigé le texte final sur la base de textes et discussions préparatoires au sein de la Ligue des communistes, et notamment sur la base d’une contribution de son ami Friedrich Engels.

Le slogan final — « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » — avait été adopté par la Ligue des communistes plusieurs mois auparavant. Il est d’abord paru anonymement, puis a été réédité plus tard avec mention de Karl Marx et Friedrich Engels comme auteurs, sous le titre Manifeste communiste.


tocqueville_demo

DE LA DÉMOCRATIE EN AMÉRIQUE
Alexis de TOCQUEVILLE (1835)

Théoricien du libéralisme, Tocqueville montre dans De la démocratie en Amérique comment la démocratie s’est accompagnée des progrès de l’individualisme. Cependant, les droits individuels une fois proclamés et reconnus, ce goût pour la liberté s’est corrompu en passion pour l’égalité, favorisant la diffusion d’un esprit majoritaire et conformiste.

En effet, à force de réclamer les mêmes droits pour tous, les individus se contentent de revendiquer une égalisation de leur condition sociale et de leur mode de vie. Or, la majorité ne se reconnaissant que dans ce qui lui ressemble, l’obsession égalitariste finit par nuire à la créativité, toute volonté de différenciation étant par avance condamnée ; elle finit aussi par menacer les institutions politiques elles-mêmes. Uniquement soucieux de défendre leurs acquis sociaux et matériels, les individus se désintéressent de la chose publique et se replient sur leur vie privée, au profit d’une administration toute puissante dont la douce tyrannie menace à terme leurs libertés.


contrat_social

DU CONTRAT SOCIAL
Jean-Jacques ROUSSEAU (1762)

Ce livre, en affirmant le principe de souveraineté du peuple, a constitué un tournant décisif pour la modernité et s’est imposé comme un des textes majeurs de la philosophie politique. Il a aussi acquis le statut de monument, plus célèbre que connu, plus révéré – ou honni – qu’interrogé.

Retrouver, dans les formules fameuses et les pages d’anthologie, le mouvement de la réflexion et les questions vives qui nourrissent une œuvre beaucoup plus problématique qu’affirmative, c’est découvrir une pensée qui se tient au plus près des préoccupations d’aujourd’hui : comment intégrer les intérêts de tous dans la détermination de l’intérêt commun ? Comment lutter contre la pente de tout gouvernement à déposséder les citoyens de la souveraineté ? Comment former en chacun ce sentiment d’obligation sans lequel le lien social se défait ?


monstesquieu

DE L’ESPRIT DES LOIS
MONTESQUIEU (1748)

Véritable somme politique, De l’esprit des lois (1748) est le chef-d’oeuvre de Montesquieu. L’auteur y engage tout à la fois une réflexion sur les différents gouvernements, une enquête sur les sociétés humaines et une analyse comparée des lois afin de former tout homme à évaluer l’intervention législatrice.

En s’attachant à saisir  » l’esprit des lois  » – ou rapports que les lois entretiennent avec le climat, la religion, les moeurs, les richesses et le commerce de chaque peuple -, il propose une manière nouvelle d’appréhender la réalité sociale. Conçue comme une introduction par les textes, cette anthologie, qui rassemble et présente les livres les plus célèbres de De l’esprit des lois, entend permettre au lecteur de saisir les principaux enjeux philosophiques de cet ouvrage incontournable.


locke

TRAITÉ DU GOUVERNEMENT CIVIL
John LOCKE (1689)

Locke montre d’une part, que les relations d’homme à homme, qui ont précédé et accompagné les relations de citoyen à citoyen, ne sont ni n’ont jamais été exemptes de lois ; d’autre part, que le pacte primordial, sur lequel repose philosophiquement sinon historiquement toute société politique, ne crée point, mais ne fait que consacrer les droits individuels, antérieures à toute constitution civile.

Il explique que les hommes naissent et doivent rester foncièrement égaux et libres ; il attaque l’esclavage comme un état contre nature ; il enferme le pouvoir paternel dans les strictes limites imposées au père par le devoir qu’il a de faire de son fils un homme, et un homme libre ; il démontre l’erreur de ceux qui confondent avec le pouvoir paternel, qui dérive d’un devoir naturel, le pouvoir civil, qui dérive d’un contrat volontaire ; il oppose à la situation que leur minorité fait aux enfants vis-à-vis des parents, la situation que leur commune majorité fait aux gouvernés vis-à-vis des gouvernants ; il établit enfin que, puisque les citoyens doivent être traités par les dépositaires du pouvoir non comme des mineurs mais comme des égaux, l’absolutisme monarchique est essentiellement illégitime.


hobbes

LÉVIATHAN
Thomas HOBBES (1651)

Monstre issu du bestiaire biblique, le Léviathan est le visage hideux que Hobbes veut donner à l’État pour qu’il intimide ses sujets et les dissuade de désobéir. Conception brutale du pouvoir soutenue pourtant avec intelligence et finesse.

Pourquoi le despotisme est-il nécessaire ?
Les hommes, en totale liberté, représentent une menace les uns pour les autres. La meilleure défense étant l’attaque, leur raison les pousse à s’agresser préventivement. Seule l’existence d’une force les dominant tous, devant laquelle chacun peut prévoir l’obéissance des autres, peut les inciter à ne pas se défendre ainsi. Une confiance réciproque, entre sujets raisonnables, peut alors, en effet, s’instaurer. L’existence d’un Prince plus fort que ses sujets est donc la meilleure garantie de paix. Ainsi le pouvoir de l’État doit-il être absolu : toute limitation de sa souveraineté ne peut que l’affaiblir et faire courir le risque d’un retour progressif vers l’état où les hommes sont comme des loups les uns pour les autres.


9782910233945-t

DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE
Etienne de LA BOETIE (1576)

Publié en 1576, le Discours de la servitude volontaire est l’oeuvre d’un jeune auteur de 18 ans. Ce texte (ô combien actuel !) analyse les rapports maître-esclave qui régissent le monde et reposent sur la peur, la complaisance, la flagornerie et l’humiliation de soi-même. Leçon politique mais aussi leçon éthique et morale, La Boétie nous invite à la révolte contre toute oppression, toute exploitation, toute corruption, bref contre l’armature même du pouvoir.

Loin d’être un pamphlet d’inspiration libérale et démocratique, comme l’a cru à tort la postérité, ce livre reste à découvrir. N’est-il pas le grand antagoniste à la hauteur de Machiavel ? Comme si leurs deux noms symbolisaient le paradoxe du politique : Machiavel pensait le pouvoir avec la liberté ; La Boétie pensait le pouvoir contre la liberté.


prince

LE PRINCE
Nicolas MACHIAVEL (1532)

Dédié à Laurent de Médicis, Le Prince est une oeuvre nourrie par l’expérience d’ambassadeur de son auteur. Machiavel y définit les fins du gouvernement : sur le plan extérieur, maintenir à tout prix son emprise sur les territoires conquis ; sur le plan intérieur, se donner les moyens de rester au pouvoir. Parce que les hommes sont égoïstes, le prince n’est pas tenu d’être moral. Il doit être craint en évitant de se faire haïr par le peuple.

La réduction de Machiavel au machiavélisme est cependant trop simpliste. On peut même lire Le Prince comme une des premières oeuvres de science politique, l’auteur ne cherchant qu’à décrire les mécanismes du pouvoir, à la manière du physicien qui détermine les lois de la gravitation. Rousseau ou encore Spinoza ont même pensé que Le Prince s’adressait en vérité au peuple pour l’avertir des stratégies utilisées par les tyrans.
Oeuvre géniale dans son ambiguïté, Le Prince peut donc être lu soit comme un traité de gouvernement à l’usage du despote, soit comme un ouvrage de science, voire comme une critique déguisée du despotisme.


utopie

UTOPIE
Thomas MORE (1516)

Pamphlet virulent dirigé contre la société anglaise d’Henri VIII et construction imaginaire proposant en contrepoint l’image d’une société idéale, L’Utopie, publiée en 1516, est la célèbre contribution de l’humaniste chrétien Thomas More au débat philosophique sur les finalités du politique. Ami d’Érasme, dénonçant avec lui les égarements de l’Église et de l’État, More espère, en dressant le tableau de la cité idéale, rappeler à chacun, gouvernants ou gouvernés, la voie du Bien commun. L’inégalité des richesses et l’intolérance religieuse sont les principales cibles de sa critique.

À quoi bon l’utopie ? À force de faire des concessions à l’ordre des choses sous prétexte de réalisme et d’efficacité la réflexion politique finit par perdre toute référence à l’idéal et aux valeurs. Une « utopie » (le mot inventé par More signifie, par ses racines grecques, « lieu qui n’existe pas ») n’est donc pas une attitude naïve : symptôme d’une crise morale, elle est aussi et surtout une tentative pour renvoyer une société à ce qu’elle attend d’elle-même. Un rêve, oui, mais pour affermir la volonté politique.


policraticus

POLICRATICUS
Jean de SALISBURY (1159)

Le Policraticus (titre complet : Policraticus sive de nugis curialium et vestigiis philosophorum) est un livre de philosophie morale et politique. Il est surtout connu pour aborder la question de la responsabilité des rois et leur relation à leurs sujets.
On le définit parfois comme le premier traité de science politique, mais ce traité ne correspond qu’imparfaitement à cette définition.

Il n’y a pas d’édition scientifique complète du Policraticus. Les quatre premiers livres sont édités au Corpus Christianorum : Jean de Salisbury, Policraticus I-IV, éd. par Katharine Keats-Rohan, Turnhout, Brepols (CCCM 118), 1993. (Source Wikipédia)


platonLA RÉPUBLIQUE
PLATON (315 av-JC)

La scène est au Pirée. Attablés dans la maison du vieux Céphale, Socrate et quelques amis entreprennent de discuter des récompenses promises au juste dans l’au-delà. Qui peut le mieux cerner l’essence de la justice ? La sagesse traditionnelle, les mythes anciens semblent impuissants et Socrate a vite raison des prétentions du sophiste Thrasymaque. Alors s’amorce avec Glaucon et Adimante, les frères de Platon placés en position d’interlocuteurs philosophes, un long entretien qui, de la justice dans la cité, remonte vers la justice de l’âme.

L’histoire d’Athènes traverse sans cesse ce dialogue puissant, où la proposition d’une cité parfaite et de la royauté des philosophes est à la fois la réponse à la tourmente politique de la démocratie grecque et la recherche métaphysique des vertus de l’âme et des objets de la raison. Dans la traduction et le commentaire que je présente ici, j’ai cherché à construire l’équilibre le plus rigoureux possible entre une lecture centrée sur l’histoire et une autre qui prend la métaphysique comme foyer principal. Un des effets de cette perspective est d’éviter une position trop courante aujourd’hui, la dépolitisation de l’oeuvre. L’inquiétude de celui qui aspire à la justice, Platon ne cesse de le rappeler, n’est-elle pas indissociablement éthique et politique ?


aristoteLES POLITIQUES
ARISTOTE (~345 av-JC)

L’extraordinaire intérêt que notre époque porte aux Politiques d’Aristote n’est pas seulement un effet de la révérence due aux grands livres, mais une marque de perspicacité. Car derrière un texte qui se fixe comme horizon une réalité moribonde à l’époque même d’Aristote – la cité -, le lecteur d’aujourd’hui ne peut s’empêcher de déceler la fondation et donc le fondement de la manière dont nous pensons les rapports des hommes entre eux, et plus généralement le monde des «choses humaines».

La structure et l’histoire des sociétés mais aussi le bruit et la fureur des passions des hommes, leurs ruses et leurs vertus, et jusqu’à l’ombre des dieux sur terre, tout est dans ce texte inépuisable que nous commentons, parfois sans le savoir, depuis vingt-quatre siècles.